26/07/2015

Affaire ÜberPop : quel rapport avec l’économie collaborative ?

Au travers de leur rôle de déclencheur du long conflit qui les a opposé aux taxis français, Über et son service ÜberPop, désigné comme appartenant à l’économie collaborative, ont récemment prêté le flanc à une salve de critiques acerbes à l’encontre de l’économie collaborative. Mais ces critiques sont-elles justifiées ? Le modèle ÜberPop relève-t-il de l’économie collaborative ? Où finit l’économie collaborative et où commence le « business » entre un client et son fournisseur ?



L'économie collaborative jouit désormais d’une exposition médiatique importante (essentiellement au bénéfice de quelques gros acteurs américains). Dès lors, on pouvait s’attendre à ce qu’au premier faux-pas, les critiques fassent feu de tout bois. Sans surprise, le faux-pas est venu du turbulent Über et du conflit qui l’oppose aux taxis en France. Depuis la journée du 25 juin 2015 où la tension atteint son paroxysme, de nombreuses voix se sont effectivement élevées pour critiquer sévèrement l’économie collaborative et pour remettre en question ses fondements « collaboratifs ». Mais un service comme ÜberPop relève-t-il forcément de l’économie collaborative ?

Rémunérer un service, pratique collaborative ou « business » ?

Essayons d’abord de définir l’économie collaborative et d’en fixer quelques limites. La définition la plus répandue la décrit comme un modèle où les objets et services sont mutualisés entre individus ou groupes d’individus, pour en optimiser l’usage. L’usage peut être rémunéré (co-mobilité, partage de logement, location d’objets…) ou non (prêts d’objets, échanges…). D’un point de vue réglementaire, si en Europe nos lois tolèrent bien l’économie collaborative appliquée aux objets ou biens (on se prête, loue ou troque des objets ou des biens sans que cela pose vraiment problème, sauf peut-être parfois  pour le logement), il n’en est pas de même pour les services où elle peut se trouver rapidement en infraction avec la réglementation du travail et sa fiscalité lorsque le service est sujet à rémunération. C’est ce qu’a démontré l’affaire ÜberPop, un service de mobilité urbaine.

Mais ÜberPop est-il collaboratif ? Le service peut certes s’apparenter à du co-voiturage intra-urbain : en effet, la prise en charge de passagers vient alors optimiser l’utilisation d’un véhicule sur un trajet que le chauffeur doit faire quoiqu’il arrive. Toutefois, le service dérive vers un modèle dans lequel la prise en charge de passagers est le but premier l’utilisation du véhicule (les chauffeurs n’ont pas d’autres raison de faire un trajet que de prendre des passagers et facturer la course). Dans ce cas, cette forme d’activité qui s’affranchit du droit du travail et du paiement de cotisations sociales est d’abord contestable mais déroge aussi aux principes même de la « collaboration » puisque le revenu généré pour le chauffeur n’est plus de l’ordre du dédommagement mais du revenu d’activité. Pour les services, on touche là du doigt la limite ténue entre pratiques collaboratives entre individus et relations commerciales.

En économie collaborative, on perçoit un dédommagement plutôt qu’un revenu d’activité.

L’exemple d’ÜberPop a donc le mérite de clarifier les limites de l’économie collaborative pour les services. Dès lors que l’on parle de prêt d’objets ou biens entre particuliers, de location, ou d’échange, les éventuels revenus tirés par les propriétaires sont généralement de l’ordre du dédommagement pour un objet ou un bien qu’ils possèdent, stockent et entretiennent. Pour les services, les choses sont plus compliquées. Lorsqu’un plombier à la retraite propose ses services contre rémunération, si cette dernière est trop importante, on sort de la logique du dédommagement pour celle du revenu d’activité. C’est la raison pour laquelle ÜberPop, dont 84% des chauffeurs y cherchent souvent un complément de revenu (dixit le patron d’Über France), est un service de transport qui sort de l’esprit collaboratif, contrairement à un Blablacar dont les chauffeurs perçoivent un dédommagement par leurs passagers pour un trajet que les chauffeurs doivent effectuer avec ou sans passagers.

Les revenus que certaines activités « collaboratives » permettent de générer ne doivent donc pas pouvoir dépasser l’ordre du dédommagement pour se revendiquer de l’économie collaborative. Afin de ne pas nuire au développement du vaste tissu d’initiatives françaises éminemment positives et qui sont réellement « collaboratives », gardons-nous de qualifier de collaboratif ce qui ne l’est pas !

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